De substantielles économies d’échelle sont à la clé d’une orientation données pour les opérateurs eau, gaz et électricité, encore en manque de mise en œuvre en Europe. Pour le secteur automobile ou des transports publics, les métadonnées et l’analytique ont d’ores et déjà fait très concrètement leur entrée dans leur business model et leur approche expérience-client.

Fin 2014, la commission européenne constatait que le secteur du Big Data connaissait une croissance annuelle de 40 % au niveau mondial et que «les entreprises qui bâtissent leurs processus décisionnels sur des connaissances produites à partir de données voient leur productivité croître de 5 à 6 % ».

Consciente parallèlement qu’en terme de traitement des grands volumes de données « l’Europe est à la traîne » selon les propos de Neelie Kroes ,  500 millions d’euros ont été alloués sur 5 ans pour dynamiser l’innovation au travers d’un partenariat public/privé.

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Ce programme a 2 objectifs principaux rapporte Silicon* : permettre aux fournisseurs européens d’acquérir 30% de part du marché mondial de la donnée et entraîner grâce aux smart grids une baisse de 10 % de la consommation énergétique. Ce dernier point est loin d’être anodin. Le secteur européen des utilities (électricité, gaz et eau) est pointé du doigt pour son retard en matière d’approche data mais il s’explique.

70 % de gains potentiels avec le big data pour le secteur électricité, eau et gaz

« Les utilities sont forcées d'utiliser le big data à cause de la transformation et des ruptures dans leur secteur, du coût des énergies renouvelables en baisse. Mais aussi pour comprendre les besoins d'investissements dans les infrastructures, le renforcement nécessaire des réseaux, le changement des habitudes des clients qui consomment moins » a concédé Philippe Vié, expert Energy Utilities de Capgemini, à La Tribune*. Les domaines où le traitement de données est le plus rentable pour ces industries de l’énergie étant la gestion des fraudes et des paiements, la maintenance des infrastructures et des réseaux d’où peuvent être tirés les 70 % de gains potentiels.

Face à de tels enjeux, pourquoi ces utilities restent-elles  « à la traine » elles aussi ? Pour l’expert, c’est leur taille qui ralentit leurs avancées en matière d’utilisation des données. « En Europe, les utilities sont plus grandes et pèsent quelques dizaines milliards d'euros de chiffre d'affaires. En Amérique du Nord, elles sont plus nombreuses et ont souvent une taille plus modeste. Ces entreprises américaines de l'énergie et de l'eau sont plus agiles, elles n'hésitent pas à se lancer dans des démonstrations de valeur, des expérimentations ».

Lors de la dernière rencontre Les Matinales de la Prospective dédiée à l’impact de l’industrie 4.0*, le Vice-président Stratégie d’Alstom Grid a souligné que dans le secteur énergétique, l’intégration du big data était la « vraie révolution », celle qui intervient après avoir « connecté l’OT avec l’IT, l’informatique industrielle avec l’informatique bureautique ».

Le secteur transport n’est pas en panne d’innovation avec les métadonnées

Dans ce même débat Digital Business*, le PDG France d’Alcatel-Lucent a aussi mis en avant les enjeux de l’IoT, des données et de leur traitement  dans le secteur automobile : « l’exemple de la voiture connectée de demain qui va se conduire toute seule est une évidence. Une machine va prendre des décisions à notre place à partir de données en temps réel».

Pour les constructeurs, en marge de ces projets de voiture autonome, le big data et son pendant, l’analytique ont déjà porté leurs fruits et influencé plusieurs aspects de leur process : le design produit, la supply chain, le marketing et le service après-vente. Dans le registre marketing, SmartDataCollective* pointe le cas de General Motors qui a revu  sa stratégie, désormais ciblée précisément sur les ménages désireux d’acheter une nouvelle voiture. À la base de cette réorientation, un constat issu de l’analyse de données sur la localisation et le comportement des clients : capables de faire 2 heures de route pour trouver un concessionnaire, à condition d’économiser 500 dollars sur leur nouvelle acquisition.  Et comme le mentionne en conclusion l’article : « pour un constructeur qui traite plusieurs milliers de pièces de rechange différentes, des milliers de concessionnaires et des millions de clients, identifier le budget clé, localiser la cible peut signifier plusieurs millions de dollars d’économie ».

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Le big data et l’analytique ont aussi un rôle majeur à jouer dans le secteur des transports en commun. Les différentes initiatives en matière d’Open Data en témoignent. La France est d’ailleurs en passe de rendre obligatoire l’Open Data pour les opérateurs SNCF, métro et bus*.

La conception de solution à visée business est aussi à l’ordre du jour. Le groupe Thales a développé TransCity, une nouvelle solution billettique ‘’cloud-ready’’, orienté sur une meilleure prise en compte des besoins des usagers. Les titres seront gérables à partir d’un terminal mobile NFC ou d’une carte de crédit. Pour les opérateurs, le big data et l’outil de traitement de donnée TransCity permettront, entre autres, une meilleure gestion du trafic.

* Les références