La numérisation du patrimoine ancien des bibliothèques est un grand projet qui prendra plusieurs dizaines d’années. Les nouvelles technologies permettront de le revaloriser. Pour les ouvrages récents, la question des droits d’auteurs freinent le processus. Mais Google est en première ligne.

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Pour écrire quelques-uns de ses thrillers à succès (Le Da Vinci Code a été traduit en 51 langues et vendu à 86 millions d’exemplaires dans le monde), Dan Brown a fait de nombreuses recherches dans diverses bibliothèques européennes, à Amsterdam par exemple, à la Philosophica Hermetica.

Cette structure privée-publique dispose de fonds anciens et originaux, entre autres relatifs à l’ésotérisme et au mysticisme. Dan Brown lui a récemment fait don de 300 000 euros pour l’aider à numériser ses collections. La bibliothèque néerlandaise détient quelques 20 000 textes imprimés du début du XXe siècle et surtout 4 600 manuscrits et imprimés d’avant 1900 qui pourront ainsi devenir consultables par tous et sans se déplacer.  Une belle avancée pour les chercheurs et de quoi susciter de nouvelles vocations littéraires.

Les documents anciens revalorisés par le numérique

L’engagement numérique de la Philosophica Hermetica pour la sauvegarde et l’accessibilité de son patrimoine n’est qu’un minuscule exemple de l’immense chantier dans lequel se sont lancées les très grandes bibliothèques depuis une quinzaine d’années. En nouant des partenariats avec des sociétés privées expertes en matière de numérisation, nombre de ces établissements ont entamé une aventure de longue haleine pour la revalorisation de leurs fonds. On parle de plusieurs décennies pour la numérisation de ceux de la BnF (Bibliothèque nationale de France) à Paris.

Les gouvernements, l’Europe ont aussi mis en place des dispositifs de soutien et motivent les initiatives qui mixent interventions publiques et privées. Le programme Early European Books est dédié à la sauvegarde des textes imprimés avant 1701 dans une langue européenne. Les ouvrages sont numérisés « tout en couleur et haute résolution (400 ppp) à partir des sources imprimées originales. Chaque élément de la collection est numérisé dans son intégralité, y compris les reliures, les bords, les pages de garde, les pages vierges et les éventuels encarts volants afin d'offrir une mine d'informations sur les caractéristiques physiques et la provenance des originaux » précise le site du programme. Cinq grandes bibliothèques y sont associées actuellement en Europe, celles de Copenhagen, Florence, La Hague, Londres et la BnF. En tout, cela représente plusieurs millions de pages, des milliers d’ouvrages anciens et d’incunables (les premiers ouvrages imprimés entre 1455 et 1500).

La BnF numérise actuellement l’ensemble de ses 70 000 ouvrages anciens écrits entre le XVe et XVIIe siècle. Elle bénéficie depuis 2010 de subventions publiques et privées, celles du Centre national du livre et d’un partenariat avec ProQuest, l’éditeur de logiciel américain. Nombre de ces documents sont déjà répertoriés dans Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, lancée en 1997. Gallica  dispose également près de 12 millions de pages numérisées à partir de 156 bibliothèques et organismes partenaires.

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Gallica compte aussi des enregistrements sonores, des partitions, des photos, des documents cartographiques, et même des globes numérisés en 3D. En 2015, cet immense centre numérique a été consulté par 15 millions de personnes et il est décliné sur application mobile, avec la possibilité de télécharger des documents sur smartphone. La BnF œuvre également avec un accord avec l’Inde à la constitution d’une bibliothèque virtuelle relative au patrimoine de cette culture.

Patrimoine écrit et numérique ne font toujours bon ménage

Le partenariat entre la BnF et ProQuest a fait couler de l’encre. Les fonds numérisés ne sont pas accessibles gratuitement à tous, avant lui les éventuels accords entre la BnF et Google avaient créé une levée de boucliers. Cette commercialisation du patrimoine n’a pas été vue d’un très bon œil. Mais la BnF s’est défendue en parlant, non pas d’une privatisation de biens publics existants mais de la création d’un bien nouveau sous forme de collections numériques.

En France, il y aussi des remous contre la numérisation des livres introuvables datant du XXe siècle publiés avant 2001. La reproduction numérique est autorisée dans l’Hexagone mais remise en cause devant le Conseil d’État et la Cour de Justice européenne par des auteurs.

Microsoft en 2008 et Google Books depuis 2004 ont manifesté de grandes ambitions dans le domaine de la numérisation des livres. Leurs intentions commerciales se sont heurtées aux différentes législations sur les droits d’auteurs, même aux USA. Google Books est quand même devenu une bibliothèque numérique qui compte plus 20 millions d’ouvrages dont des milliers libres de droit.

Hachette a signé un accord avec le géant américain sur la numérisation des ouvrages épuisés de l’éditeur. Les éditeurs peuvent inscrire leurs ouvrages, sans qu’ils soient numérisés dans la base de données  Google. Et sauf nouveau rebondissement, Google Books devrait continuer son développement, aux USA en tout cas, grâce à une bataille gagnée en justice.