Présidente de l’Open Government Partnership (OGP) à partir de l’automne 2016, la France est-elle vraiment la nation exemplaire que ce rôle implique en matière d’open data ? Rétrogradée en 2015 par l’Open Data Index, avec des amendements restrictifs récents du Sénat, mais aussi des avancées, l’Hexagone a encore des pas importants à franchir, selon les partisans des données ouvertes.

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Besoin d’un Vélib à Paris ? À quelle heure avez-vous le plus de chance de le trouver près de votre domicile, de votre lieu de travail, est-ce une zone où les dégradations sont plus ou moins fréquentes ?

À la fois pratiques si elles sont exploitées par une app et sociologiques, ces informations peuvent faciliter le quotidien et donnent d’intéressants indicateurs sur les habitudes des Parisiens, l’utilisation du service et ses améliorations potentielles. Ces analyses sont désormais accessibles grâce à Data Vélib, le travail de fin d’études de 4 étudiants de l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (Ensae).

Ces résultats ne sont pas les premiers permis par l’exploitation des données JC Decaux. L’accès en temps réel aux disponibilités selon les bornes est déjà possible avec des applications smartphone et smartwatch, Vélib pour Paris, AllBikesNow pour les services en province. Elles sont développées grâce aux jeux de données accessibles par exemple sur ParisData pour la capitale.

Derrière ces exemples, les enjeux autour l’ouverture des données et de leur exploitation sont de taille : transparence, transformation digitale, innovation, compétitivité économique, comme l’a souligné le conseil national du numérique (CNNum).

 « Ces données publiques sont notre patrimoine commun. Les citoyens et les entrepreneurs doivent pouvoir s’en saisir pour créer plus d’utilité pour tous. » Yann Bonnet, secrétaire général du CNNum

Le yoyo du mouvement Open Data en France

Ouverture des données de la Poste sur son récent portail dataNOVA,  localisation et disponibilité des parkings voitures en Ile de France gérés par Saemes, données INSEE et base SIRENE sur les entreprises gratuites à partir de 2017… Il y a de substantielles avancées pour la France de l’open data depuis le lancement fin 2011 du portail data.gouv avec quelques 350 000 jeux de données.

Mais il y a aussi des freins. L’Hexagone n’avance pas à la même vitesse que certains pays voisins. Et le couperet du classement Open Data Index initié par l’Open Knowledge Foundation (OKF) est tombé. Sur l’échelle qui évalue l’ouverture des données publiques dans le monde, la France monte et descend. 16e en 2013, 3e en 2014… en 2015, l’OKF a rétrogradé l’Hexagone à la 10e place. Plusieurs facteurs expliquent cette mauvaise note. Les critères se sont affinés et l’Hexagone peine encore à rendre publiques « plusieurs jeux de données fondamentaux » : cadastre, données géographiques, entreprises, pollution, etc.
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Décevants aussi : plusieurs amendements de la loi pour une République numérique et son volet open data adoptés au Sénat le 27 avril dernier.  Non-obligation pour les administrations d’ouvrir tous leurs documents, normes NC ou CE Afnor exclues, ouverture des données de santé encore dans la balance avec une consultation publique : les fervents défenseurs de l’open data, comme le CNNum considèrent ces points comme un recul. Ces blocages rappellent un constat de Gilles Babinet, digital champion de la France auprès de la Commission européenne. Fin 2015, il pointait les « rigidités existantes [...]  et que 67 % des fonctionnaires considèrent l'ouverture à tous des données publiques comme une menace, alors que la même proportion pense précisément l'inverse en Suède. En Slovénie, Estonie, Lituanie, Finlande, ou au Royaume-Uni, la culture de l'e-administration est beaucoup plus développée ».
La dernière séance du Sénat a quand même inscrit des progrès pour la transparence des données. Comme le précise  le Secrétariat d’État au Numérique, « les sénateurs ont voté, avec le soutien du gouvernement, l’ouverture de données d’intérêt général concernant le secteur de l’énergie, les valeurs foncières, et les jurisprudences en matière civile et administrative ».

La France à la tête de  l’OGP pendant un an

L’OGP ou partenariat pour un gouvernement ouvert est une initiative multilatérale créée en 2011. Elle rassemble 69 pays et de nombreuses organisations non-gouvernementales qui coopèrent pour rendre les gouvernements plus ouverts, responsables et avec une meilleure prise en compte des citoyens. La France qui a adhéré à cette organisation depuis 2014 la présidera à partir d’octobre 2016.

Le sommet mondial de l’OGP se déroulera à Paris en fin d’année. Au travers de conférences et d’ateliers, il abordera, entre autres des sujets autour de « l’open banking, l’open justice, la transparence de la commande publique, le budget participatif, les communs numériques, le gouvernement ouvert au niveau local, le suivi des engagements liés au climat » précise Etalab, la mission du gouvernement chargée de l’ouverture des données publiques.