Tablettes et applications adaptées sont des facilitateurs indéniables pour l’apprentissage des élèves en situation de handicap. Le rapport du Conseil National d’Évaluation du Système Scolaire (CNESCO) confirme des constats déjà formalisés depuis 4 ans par de nombreux professionnels de l’éducation. En synthétisant sous forme de préconisations les innovations pédagogiques concluantes, le CNESCO tend à ouvrir la voie à une école inclusive plus efficace et généralisée à tous les niveaux scolaires.

Les portes manteaux  l'cole

‘’Généraliser et accompagner l’usage des outils numériques nomades pour les élèves en situation de handicap’’ est l’une des premières préconisations du CNESCO. L’organisme souligne que « la mise en place d’un équipement individuel de tablettes numériques équipées de logiciels offre une alternative à la prise de notes et à la saisie de réponses pour les élèves en situation de handicap ».

Cet équipement facilite le travail de l’enseignant note également le CNESCO et il mentionne des exemples de mise en œuvre par des enseignants, comme au sein de l’Ulis Pro de Sarreguemines, dans l’Académie de Nancy Metz. « À partir d’un texte pris en photo, la tablette assure une lecture à haute voix et une mise en forme adaptée aux besoins de chaque élève. Les élèves en situation de handicap peuvent donc avoir les mêmes documents que leurs camarades ». Pour éditer l’ensemble de ses préconisations, le CNESCO s’est basé sur un travail collectif et l’observation de pratiques innovantes qui ont fait la preuve de leur efficacité à l’international et en France.

Un programme complet de sensibilisation et de formation

Améliorer l’école inclusive, entre autres avec les outils numériques et nomades est pour le Conseil d’Évaluation un chantier à mener transversalement. Il ne peut se restreindre à la seule fourniture de tablettes. Pour utiliser leur potentiel, un travail de fond, d’information et de formation est à mener sur toute la chaîne éducative. Il passe par :

  • Pour les établissements et enseignants: le développement de banques d’outils et la mutualisation des connaissances sur les outils existants et des expériences innovantes dans toutes les académies et au sein des structures éducatives.
  • Pour les élèves: la mise à disposition de tablettes équipées de logiciels existants pour récupérer les cours, dicter leurs réponses sans charge de travail supplémentaire pour l’enseignant. Accompagner les jeunes, avec des spécialistes comme les ergothérapeutes par exemple dans l’appropriation de ses outils pour les rendre autonomes. Faciliter leur gestion quotidienne grâce à des applications gratuites comme les agendas numériques. L’app çATED pour l’affichage d’un emploi du temps simplifié est citée en exemple.
  • L’accès à de nouvelles ressources éducatives: le remplacement des manuels par des e-books et la création de fabLabs pour que les élèves en situation de handicap développent des projets artistiques ou scientifiques.

La formation et l’usage des outils numériques n’est qu’une des composantes du rapport du CNESCO sur l’école inclusive, l’intégralité des préconisations pour l’école inclusive est publique.

Tablettes et handicap : des retours d’expériences déjà nombreux

Les expérimentations et les arguments en faveur du numérique pour l’éducation des élèves en situation de handicap ne sont pas nouveaux. Pour les jeunes déficients visuels ou moteur, souffrant de DYS (trouble du langage et de l’apprentissage), le numérique est un atout indéniable.  Chercheurs et enseignants ayant évalué la palette d’outils offerte par le digital en sont convaincus depuis plusieurs années. Jean-Marc Roosz, Président d’Ecole2demain et Philippe Liotard de l’Université Lyon 1 l’avaient affirmé clairement déjà en 2012 pour les enfants ‘’dyspraxiques’’.

« L’écriture au clavier est beaucoup moins coûteuse en termes cognitifs, plus rapide et plus efficace que l’écriture calligraphiée ; des applications de synthèse vocale permettent de dicter des textes ; des logiciels rendent accessibles la compréhension et le tracé en géométrie ; des milliers d’applications sont disponibles pour rendre la littératie accessible à tout porteur de handicap, le stockage des données permet un archivage personnalisé… Par ailleurs, le web 2.0 avec sa simplicité et son interactivité et l’entrée dans le web 3.0 et sa mobilité ouvrent des perspectives insoupçonnées naguère pour ces enfants. » Jean-Marc Roosz, Philippe Liotard

La plate-forme Eduscol du Ministère de l’Education a répertorié certains projets lancés dès 2011. Les constats étaient tous encourageants et mentionnaient les adaptations nécessaires pour ce type d’apprenants.  Ecole2demain, plate-forme contributive sur la thématique Enfant/Handicap/Ecole se fait aussi l’écho des initiatives et recherches sur les tablettes et la pédagogie depuis plus de 4 ans.

L’usage des iPad en orthopédagogie a également fait l’objet d’un ouvrage pratique téléchargeable gratuitement et mis en avant par Ecole Branchée et. Il est le fruit de l’expérimentation de Danielle Millette, orthopédagogue québécoise qui synthétise les apports de l’outil : « en orthopédagogie, nous devons aider des élèves à apprendre là où c’est difficile pour eux, dans un temps souvent limité, alors il faut que l’intervention soit efficace, ciblée et métacognitive pour l’élève. Le fait d’avoir beaucoup de moyens dans un même outil comme la tablette répond justement aux critères d’efficacité et d’intervention ciblés. »

Le rapport du CNESCO enfonce donc un clou déjà bien planté. Il met en perspective les expérimentations et témoignages jusque-là parcellaires, tout en apportant une vision sur l’ensemble des évolutions à apporter pour que l’inclusion par le numérique se pratique de façon plus systématique.