C’est un match pour le moment sans vainqueur ni vaincu. Facebook, Twitter, YouTube ou Snapchat entrent sur le terrain des contenus sportifs exclusifs, pour monnayer de la publicité et faire la différence en nombre d’abonnés. Des millions de dollars de revenus, ainsi que l’aura des manifestations et des sportifs sont en jeu. Et même ces seconds écrans ont un impact positif sur l’audience des retransmissions TV selon Nielsen. 

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Facebook est-il déjà le plus grand stade du monde ? C’est en tout cas l’une de ses ambitions et quasi un fait acté pour le réseau social qui revendique la plus importante communauté sportive, avec quelque 650 millions de membres connectés à ses pages sport. Pour mieux exploiter ce potentiel, Facebook a annoncé en janvier dernier la création de Facebook Stadium, une application spécifique à la version mobile de FB « pour vivre et partager le sport en temps réel », dixit le communiqué.  Au rang des fonctionnalités de cette interface : la possibilité de publier en direct pendant un événement, de lire les réactions de ses amis, les commentaires d’experts, de visualiser scores et statistiques en temps réel et de savoir sur quelles chaînes TV visionner une rencontre.

Facebook Stadium, sous l’appellation Sports a choisi l’Euro 2016 UEFA pour débarquer en Europe. L’interface propose comme en version US de revoir les temps forts en vidéo, les statistiques et les commentaires d’amis et d’experts. Cette dernière est la partie la plus prisée quels que soient les événements, même pour les 8e de finale Euro 2016 entre la France et l’Irlande (ci-dessous).

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Avec le suivi d’interactions, Sports entend attaquer Twitter sur son terrain de prédilection : les conversations. Le réseau de Mark Zuckerberg a testé son dispositif en février, sur iPhone uniquement et sur l’un des événements les plus porteurs aux USA, la finale du Super Bowl qui s’est jouée à Santa Clara en Californie. Sur Twitter, l’édition 2013 de cet événement avait engendré à elle-seule quelque 24 millions de messages. La saison 2014-2015 a été moins porteuse pour le site de microblogging avec 21,5 millions de tweets au total. L’enjeu publicitaire et les parts du second écran, car c’est bien ce type de match stratégique qui se joue dans les vestiaires des réseaux sociaux, ne sont donc pas des moindres.

Sur le terrain à Santa Clara, Facebook n’a pas pu suivre le rythme des 23,4 millions d’interactions enregistrées à la mi-temps. La très forte utilisation de Stadium/Sports lui a fait perdre une bataille, mais pas la guerre, en engendrant des délais d’affichage des résultats intermédiaires et des publications, des failles vivement commentées sur les réseaux concurrents. Facebook a aussi perdu une 2e manche en ce début 2016 mais en limitant les dégâts car c’était face à sa propre concurrence, celle de son interface généraliste. Stadium n’a enregistré que le 2e meilleur score de publications pendant cette 50e finale du Super Bowl. Le match le plus discuté sur la partie Facebook généraliste avait été celui disputé quelques mois auparavant entre les New England Patriots et les Seattle Seahawks.

Sports et réseaux sociaux : un contrat gagnant-gagnant

D’un côté, pour leur stratégie marketing, fédérations, ligues et clubs misent sur leur visibilité sur les principaux réseaux sociaux. Les plus porteurs sont Facebook, Twitter, Instagram, YouTube ou Dailymotion. Et plus récemment Snapchat. Ce réseau qui grimpe, cumule 150 millions d’utilisateurs actifs au quotidien.

De l’autre côté, les réseaux tentent d’acquérir des droits d’exclusivité et vendre des publicités. Snapchat a introduit tout récemment une API à cet effet et espère en tirer d’ici 2017 un milliard de dollars de revenus.  Pour les exclusivités, il y a aussi le cas de Facebook Live avec le championnat US de basket et la NBA (5 millions de vues pour la vidéo euphorique après le match de finale dans les vestiaires).

Et l’impact n’est pas uniquement publicitaire. ‘’Un rapport rendu par Nielsen montre qu'il existe un cercle vertueux entre les pics de partages d'utilisateurs sur les réseaux sociaux et le nombre de téléspectateurs qui augmentent dans les minutes suivantes’’ indique Sport Stratégies.

Twitter et la NFL streams, le championnat de foot américain diffusé en streaming pourrait permettre à l’appli de microblogging de toucher 800 millions d’utilisateurs et de non-utilisateurs et de négocier des spots sur sa plate-forme à la hauteur de 2 à 8 millions de dollars chacun.

YouTube a signé un accord avec le World Grand Prix de la FIVB, tournoi international féminin de volleyball pour diffuser en direct les 120 matchs de la saison, retransmis à la TV dans 20 pays entre le 3 juin et le 10 juillet.

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snapchatEt Snapchat, le petit poucet a réussi de son côté à convaincre des géants comme les organisateurs pour des vidéos live exclusives, également jusqu’au 10 juillet, de même que des droits pour grâce à un partenariat avec la chaine TV NBC. En ce début d’été 2016, les fans de sport vont donc massivement jouer en double et avec la carte du collectif, à la fois sur les réseaux et devant leur écran TV.