De nombreux bâtiments sont d’ores et déjà équipés de dispositifs connectés indépendants. Mais cela ne les rend pas intelligents pour autant selon les spécialistes. Les données générées par ces dispositifs doivent être interopérables et permettre des interactions plus globales avec l’extérieur, à l’échelon d’un quartier, d’une ville. En bref, l’arrivée de technologies digitales de plus en plus sophistiquées affine la vision du bâtiment intelligent.

SmartBuildingsMickael Sigda, expert en green building définit le bâtiment intelligent comme « un bâtiment capable de s’auto-réguler et d’auto-mesurer ses performances » (L’Usine Nouvelle*).  Pour compléter cette approche et comprendre les impératifs sous-jacents au bâtiment intelligent, voici quelques fondamentaux proposés par The Institute for Building Efficiency* (EBI), un Lab créé par une société américaine spécialisée dans le domaine. Comme Mickael Sigda, L’EBI attribue au bâtiment intelligent la vocation d’améliorer le confort, de délivrer des services innovants aux usagers (gestion de l’éclairage, de la température, de la qualité de l’air, de la sécurité) en optimisant le coût et en limitant l’impact environnemental.

Le digital au service de la performance du bâti

Corolaire à ces missions, les bâtiments doivent intégrer des technologies numériques pour partager et exploiter les informations issues de sous-systèmes indépendants (air conditionnée, compteurs intelligents, …) et optimiser la performance globale de la construction. Les managers du bâtiment sont concernés au premier chef. En monitorant les performances du ou des bâtiments qu’ils ont en charge, ils sont à même de prendre des décisions ayant un impact sur la rentabilité de l’unité. Au vue des données qui leur sont restituées, ils peuvent également mener des actions de sensibilisation auprès des usagers, dans le tertiaire entre autres.  Arnaud Legrand, spécialiste des systèmes connectés pour les bâtiments industriels, président de la société Energiency, invité de BFM Business* mentionne par exemple que dans une usine, l’usage d’un pistolet à air comprimé pour seulement sécher un objet équivaut à 200 euros en énergie. La prise de conscience de ce coût peut être une incitation pour faire un usage plus adéquat de l’outil, à avoir des comportements plus vertueux.

Le bâtiment intelligent doit s’ouvrir sur l’extérieur

Autre impératif selon l’EBI, pour définir le bâtiment intelligent, les données recueillies doivent pouvoir être partagées non seulement avec ses occupants et son exploitant mais aussi avec des opérateurs externes, des distributeurs d’énergie par exemple ou un service de prévisions météorologiques pour moduler les besoins liés au confort thermique selon les températures extérieures. Ce point de vue est partagé par Jean-Christophe Bourgeois, également invité sur BFM Business. « Le bâtiment intelligent doit être ouvert sur ses occupants et sur son environnement immédiat » a précisé cet expert de Cofely Axima, GDF Suez et secrétaire de la Smart Buildings Alliance* dont la mission est de promouvoir la filière. Le but est que « des prestataires puissent offrir des services liés à l’énergie, à la santé des occupants, à la gestion du patrimoine, avec un engagement en termes de résultats ».  « C’est là toute l’intelligence du bâtiment, complète Arnaud Legrand, historiquement, les données émises par un bâtiment étaient cloisonnées à un usage. Le bâtiment doit devenir vivant en fonction d’un ensemble de données qu’on va analyser».

USA-green-buttonGreen Button, l’initiative américaine pour ouvrir les données des consommateurs

Cette initiative a été lancée en janvier 2012 aux USA à la demande du gouvernement pour rendre accessibles les données de consommation d’électricité aux particuliers et aux managers de bâtiments commerciaux. Les données sont fournies par les opérateurs sous des formats normalisés. Les usagers peuvent les télécharger et les partager avec des sociétés tierces pour bénéficier de services, d’applications de monitoring et de diagnostic de consommation, optimiser le coût en optant pour des tarifs différenciés selon les heures d’utilisation. Actuellement, 60 millions d’utilisateurs ont recours à ce service selon greenbuttondata.org*.

La consommation énergétique : une priorité pour le bâtiment

« Le bâtiment intelligent est à la croisée de la transition énergétique et de la transition numérique » indiquait en préambule l’animateur d’une conférence EBG sur l’avenir du microgrid*. Le Greenbutton américain en est une illustration. Réduire les dépenses énergétiques des constructions et leur impact écologique est une des clés du développement durable. Et les chiffres en attestent.

Aux États-Unis, l’énergie utilisée pour les bâtiments commerciaux et industriels est à l’origine de presque 50 % des gaz à effet de serre émis dans le pays selon les données de l’agence nationale de la protection environnementale publiés sur Postscapes*.

En France, selon l’Ademe, le bâtiment tertiaire et résidentiel est responsable de 45 % de la consommation d’énergie (32 % pour les transports et 21 % pour l’industrie), le poste chauffage étant le plus énergivore. Ce secteur tertiaire et résidentiel représente 25 % des émissions globales de CO² de l’Hexagone.

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