De plus en plus pratiqué, le principe de classe inversée ou flipped classroom offre une approche pédagogique nouvelle. Les élèves sont invités à participer beaucoup plus activement à l’ensemble de leur apprentissage, à en devenir plus responsables et à développer de nouvelles compétences.  Quant aux enseignants, c’est une nouvelle opportunité d’innover, de varier et personnalisation de leur enseignement.

Publié le 12 juin 2013, mis à jour le 21 avril 2015

flippedclassroomDu collège à l’université, avec des ambitions, des dispositifs et du matériel éducatif variable, la classe inversée bénéficie d’un véritable intérêt depuis quelques années. Cet engouement s’explique, selon un professeur de l’Université de Louvain en Belgique par le fait que « la classe inversée fédère plusieurs éléments : l’approche compétences, les méthodes actives et le numérique. Celui-ci n'est pas seulement utilisé comme un outil qui vient s'ajouter au cours mais sert véritablement le développement de compétences que les étudiants se construisent par eux-mêmes. C'est cette cohérence qui explique le succès de l'inversion ».

Quelle différence entre la classe traditionnelle et la classe inversée ?

La méthode traditionnelle d’enseignement repose sur un savoir fondamental transmis par un enseignant pendant les heures de cours, à des élèves relativement passifs pendant la prise de notes. Dans ce modèle, les exercices pratiques sont effectués hors cadre scolaire, à la maison, sans véritable encadrement.

Le concept de classe inversée (on trouve aussi le terme de ‘’classe renversée’’ ou ‘’flipped classroom’’) inverse le modèle classique. Il donne à l’élève un rôle plus actif et à l’enseignement, une mission d’accompagnement plus valorisante.

Avec une connexion Internet, un ordinateur ou un terminal mobile et la consultation de ressources (vidéos, présentations de synthèses, etc.) en ligne produites par l’enseignant ou un groupe de pédagogues, l’élève assimile hors cours et à son rythme, les notions fondamentales (cours magistraux) et fait éventuellement des recherches complémentaires sans ou avec l’aide de camarades. Le temps en classe est alors réservé à la mise en pratique de nouvelles connaissances, accompagnée de façon plus individualisée et active par l’enseignant, soutenue éventuellement par un travail de groupe et d’échanges entre camarades.

Cela permet à l’élève, en amont du cours, de se préparer, à condition que ce travail soit vérifiable via un questionnaire interactif ou la production d’un rapport, multimédia par exemple, remarque David Bouchillon, professeur d’histoire-géographie en Gironde. Pour l’enseignant, en classe, c’est le moyen d’enrichir les différents travaux personnels par la mise en commun, d’introduire des méthodes collaboratives, de proposer un véritable suivi de l’apprentissage rapportent des enseignants québécois après leurs expérimentations. Jean-Charles Cailliez de l’Université de  Louvain parle alors de « changement de posture pour l’enseignant » qui doit transmettre un savoir et non pas un savoir brut et s’assurer que les compétences sont acquises ».

Les + de la classe inversée

Introduit dès le début des années 90 par un professeur de la prestigieuse université américaine de Harvard, ce concept d’enseignement appelé à l’époque ‘’Peer Instruction’’ a depuis été facilité par la généralisation du digital.

Les professionnels de l’éducation qui ont déjà expérimenté la classe inversée relèvent de nombreux avantages, comme en témoignent certains professeurs français (Quand les profs d’Histoire-Géographie renversent leur classe, Qu’est-ce que la classe inversée ?) :

  • Une relation plus personnalisée entre l’élève et l’enseignant
  • Un apprentissage plus autonomisé, au rythme de chaque élève, même absent,  grâce à la possibilité de visualiser les ressources fondamentales  n’importe où et n’importe quand, de mettre en pause une vidéo ou de la consulter plusieurs fois.
  • Une participation des parents qui ont accès aux ressources proposées par l’enseignant, et la mise en place d’une plus grande transparence entre parent-enseignant.
  • Plus de collaboration entre élèves

Spécialiste de plateformes pédagogiques en ligne, la structure américaine Knewton a publié sous forme d’infographie (ci-dessous) les méthodologies employées et les résultats obtenus dans un lycée du Michigan avec le concept de flipped classroom.

©Knewton

Classe inversée : qu’en disent ses détracteurs ?

Augmentation du temps devant l’écran pour les élèves et du temps consacré aux devoirs à la maison, inégalité face à l’accès aux outils numériques, enrichissement des plateformes en ligne de contenus avec de la publicité ciblée sont les principales critiques formulées à l’encontre de cette nouvelle approche pédagogique liée à l’utilisation renforcée des outils numériques.

Répertoriées par le magazine Forbes (What Is the Flipped Classroom and Why Is It Amazing?), ces critiques font aussi l’objet de contre-arguments favorables à ce nouveau modèle pédagogique. Ils donnent le ton du débat que ce bouleversement dans les modèles d’enseignement peut générer.