Le déploiement des Espaces Numériques de Travail (ENT) se généralise, leurs usages et leurs fréquentations sont en nette augmentation, particulièrement par les élèves et leurs parents. Mais leur consultation avec les terminaux mobiles, « une perspective à court terme » selon Marie Deroide, particulièrement pour l’accès aux ressources éducatives reste encore à résoudre.

ENT, après 10 ans d’expérimentation en France, quelles évolutions ?

ENT-Espace-de-travail-numérique2013 marquait la 10e année d’expérimentation des ENT dans l’enseignement secondaire. Dès 2003, la Caisse des Dépôts a été associée à la généralisation des ENT sur le territoire français. Elle a publié fin 2013 les dernières mesures d’audience de ces initiatives. En voici quelques résultats.

  • L’intensification des déploiements et des consultations entre 2009 et 2013 : 6 fois plus d’établissements équipés en 4 ans (2 771 en 2013), 12 fois plus de visites mensuelles (+ de 12,5 millions)
  • Les utilisations principales fin 2012 : 65 % pour les notes, cahiers de texte (en forte croissance) et e-courriers
  • Les élèves sont les principaux utilisateurs (+ de 59 % des usagers), les parents de plus en plus adeptes.ENT-utilisateurs-Caisse-des-depôts
  • La consultation des ENT avec les appareils mobiles a fortement progressé à partir de 2012 mais reste encore marginale (11 %) par rapport aux PC fixes ou portables.
  • La consultation s’effectue à 50 % pendant les week-ends, tout profil confondu.
  • Consulter le rapport de la Caisse des Dépôts sur les ENT

Coordonner les projets des ENT et d’équipements individuels mobiles

Parmi les très nombreux rendez-vous de l’Université d’été Ludovia11, une table ronde était  organisée sur le thème de la mobilité et ENT ’Apprentissages et supports mobiles individuels : quelle place pour l’ENT ?’’. En substance, cette rencontre a, entre autres, abordé les ENT en tant que bouquets de services en ligne et les usages des ENT sur support mobile comme « une perspective à court terme ». Parmi les intervenants, Marie Deroide, actuellement à la Direction du Numérique pour l’Éducation (DNE), anciennement responsable ENT pour le Ministère a souligné plusieurs points : la mise en œuvre d’ENT en France dans les ¾ des établissements du 2e degré grâce à une démarche volontaire et une impulsion de l’état et l’importance de créer une cohérence entre les projets de supports mobiles individuels et les ENT, en termes  technologiques (réseau par exemple) et pédagogiques pour l’adéquation entre les ressources et leurs usages sur les supports mobiles.

Des outils pour créer et enrichir un ENT

Le site CANAPÉ de l’Académie d’Amiens a listé différentes plateformes en ligne gratuites ou non, en licence libre ou non pour développer un ENT.

One, Beneylu School , Iconito : services ENT pour les écoles du 1er degré (maternelle et élémentaire) avec des fonctionnalités permettant de créer des cahiers multimédia, des blogs, un site web, un catalogue documentaire, créer un partenariat avec une autre école, créer des échanges linguistiques par exemple, organiser des groupes de travail.

ENT : le début de « la fin de l’école » ?

Volontairement provocateurs, François Durpair,  historien  et Béatrice Mabilon-Bonfils, sociologue le sont. Ils viennent de publier un ouvrage qui touche les grandes questions et schémas relatifs au futur de l’éducation, à la notion de savoir remise en cause par la culture numérique. Sous le titre ‘La fin de l’école - l’ère du savoir-relation’, les auteurs dessinent leur vision de l’éducation, basée sur la fin du lieu scolaire, la création de nouveaux espaces et formes d’apprentissage, le travail à distance, l’ouverture vers des sources de connaissances multiples et de nouveaux médiateurs de connaissances.

Si ses usages se généralisent, l’ENT français, plate-forme de travail et d’échanges numérisés et à distance, sera-t-il un premier grand pas vers la fin de l’école traditionnelle ? François Durpair et Béatrice Mabilon-Bonfils ne posent pas la question en ces termes mais leur approche de l’avenir de l’éducation modelé par l’ouverture sur le monde et sur les autres grâce au potentiel du numérique pourrait bien rapidement amener à transformer l’élève et ses enseignants en « cyberélève, cet écolier assisté par la technologie » (Camille Teste, Cyberélèves, super-progrès, Le Monde) et en cyberenseignants.

  • La fin de l’école, François Durpaire, Béatrice Mabilon-Bonfils, Presse Universitaire de France, 288 p, août 2014.