Le robot « n’est pas qu’une simple tablette sur patte »… De la maternelle à l’université, pour des activités pédagogiques et de la téléprésence, les robots se glissent dans les enceintes de l’enseignement et séduisent élèves et enseignants. Retours sur les premières expériences.

*La robotique intéresse les professionnels de l’éducation à plusieurs titres. Elle est actuellement explorée comme moyen de faire acquérir aux jeunes des compétences sous une forme ludique, de les sensibiliser aux potentiels de la programmation, de les aider lorsqu’ils sont en situation de handicap ou éloignés pour des raisons médicales. Dans le domaine de la téléprésence, les robots deviennent également les porte-paroles d’enseignants, de conférenciers qui partagent à distance leurs connaissances. « Le numérique est pluriel » selon une expression employée par Alain Boissinot, inspecteur général de l’Éducation nationale lors d’une conférence sur le thème ‘’Nouvelle pédagogie, nouvelle rhétorique’’*. Et les premiers pas des robots dans les salles de classe en est une illustration.

Nao, la nouvelle star testée à l’école primaire et au lycée

La taille (58 cm) du robot Nao développé par la société Aldebaran n’est pas forcément proportionnelle à son potentiel pédagogique. Nao marche, parle, répond aux questions et peut même enseigner aux élèves des fondamentaux comme des notions grammaticales par exemple. C’est dans cette voie que se sont engagées des écoles primaires et lycées sous l’impulsion des Ateliers Canopé.

Pour Malika Alouani, enseignante en classe de CP*, « Nao n’est pas une simple tablette sur patte ». Son introduction en atelier pendant un mois dans la classe a permis un travail sur plusieurs plans : d’abord démystifier auprès de jeunes de 7 ans, l’image du robot véhiculé par les dessins animés, leur faire prendre conscience du travail de programmation nécessaire aux interactions, les engager dans des séances collaboratives de découverte et d’apprentissage, leur enseigner de façon ludique… Limitée dans le temps, l’expérience de l’enseignante lui a permis de tirer comme bilan : « le souvenir d’une ambiance de classe magique où en toute autonomie des élèves assistés par un robot ont pu consolider des compétences en collaborant entre pairs sans adulte » et comme conclusion au plan de l’apprentissage que « les limites sont seulement celles de notre créativité pédagogique et des compétences visées ».

education-nao-aldebaranAu niveau lycée, l’expérimentation de Nao a été menée pendant plusieurs semaines dans des classes de 2nd, 1re et Terminal. Les objectifs ont été adaptés en fonction de ces 3 niveaux : sensibiliser les élèves aux évolutions des progrès scientifiques et techniques, évolution de la robotique, langages de programmation. Outre le temps de prise en main du robot, tant par l’enseignante que par les élèves, Nao s’est entre autres, révélé dans cette expérimentation comme un sujet « d’enthousiasme, de curiosité, d’intérêt » et une nouvelle motivation pour apprendre la programmation a noté l’enseignante dans son retour d’expérience sur le portail Créatice*.

Le robot suppléant pour réhumaniser la téléprésence

Dans l’usage du robot pour la téléprésence, en France, la région Rhône-Alpes fait figure de pionnière. Depuis la rentrée 2014, elle a lancé un programme pilote* dans trois lycées de la région avec  la collaboration de la société Awabot, l’Institut Français de l’Education, l’Université Lyon 1, et LearningLab de Centrale Lyon et de l’EM Lyon.

education_awabot-940x671En marge de ce programme, ce LearningLab dédié aux innovations pédagogiques a testé les atouts du robot sur les étudiants du campus.  Leur donner accès aux contenus des cours en est évidemment un des avantages mais il n’en est pas forcément le plus important. Dans le retour de cette expérience, l’usage du robot apparait comme une clé pour conserver une véritable relation humaine entre l’élève éloigné et ses pairs. « Les robots offrent un gros avantage sur une vidéoconférence. Ils permettent aux élèves absents de se déplacer de manière autonome, d'avoir une vie sociale, d'aller avec les autres étudiants autour de la machine à café à l'intercours. Les robots développent aussi la solidarité avec les camarades de l'élève absent »  comme le souligne le Directeur de la stratégie numérique de l’établissement et directeur du LearningLab dans un article Les Clés de demain*. Maintien d’une vie sociale même dans le cadre d’une hospitalisation, « sentiment d’être physiquement en classe avec les autres », le robot devient l’avatar interactif de l’élève tenu à distance, au point même que les étudiants identifient dans les couloirs le robot par le prénom de leur camarade.

À ce titre de suppléant, dans l’enceinte de l’Ecole centrale de Lyon, le robot est également utilisé pour les interventions à distance d’enseignants ou pour les membres de jury lors de soutenance de thèse.

*Les articles de référence