Mieux sécuriser le circuit de la production alimentaire ou pharmaceutique est un des débouchés de la blockchain. Les acteurs de ces secteurs commencent à explorer de près le potentiel de cette technologie pour améliorer leur chaîne d’approvisionnement et éviter des scandales sanitaires. Mais ils ne sont pas les seuls. Tous les acteurs logistiques sont aussi intéressés par les bénéfices à retirer des smart contracts.

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Après le choquant scandale de la viande de cheval vendue  pour de la viande de bœuf dans l’affaire Spanghero, ou l’épidémie européenne de gastro-entérite due à des graines germées (4 000 malades touchés par la bactérie E.coli et 40 morts en 2011), les consommateurs,  distributeurs, transformateurs de denrées et institutions sont sur le qui-vive. Tous aspirent à un meilleur contrôle de la chaîne alimentaire et à une réactivité plus ciblée en cas de contamination.

Comment sont élevés les porcs en Chine dont la viande arrive dans les assiettes des consommateurs américains ? C’est à cette question que souhaite répondre Wal Mart. La chaîne américaine de supermarchés a mis en place depuis octobre un projet pilote de blockchain. Il concerne un produit emballé avec de la viande de porc issue de Chine. Le produit est distribué en milliers d’exemplaires, dans une majorité points de vente de l’enseigne et partout dans le pays.

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Grâce à cette expérimentation, le distributeur est en mesure d’obtenir des données cruciales et quasi infalsifiables à partir d’un seul document sur l’ensemble du circuit : origine, méthodes de nourriture des animaux, inspections, lots de palettes, phase de transformation, identification des emballages individuels. En cas de problèmes, les produits incriminés peuvent être très rapidement identifiés et retirés de la vente, sans un rappel systématique, évidemment très lourd et coûteux à gérer.

De la traçabilité aux smart contracts pour les systèmes de santé

Dans le domaine de la santé, la blockchain aurait aussi son mot à dire. D’abord pour la traçabilité des médicaments et éviter les trafics frauduleux.  Fin 2015, dans plusieurs pays asiatiques, 9 millions de médicaments contrefaits ont été saisis grâce à une opération coordonnée par Interpol. Il s’agissait entre autres d’antibiotiques, de médicaments contre l’hypertension ou de faux vaccins contre la rage.

This picture taken on March 14 shows a Chinese policeman walking across a pile of fake medicines seized in Beijing in recent months, which were later destroyed.  The rapid growth of Internet commerce has led to an explosion of counterfeit drugs sold around the world, with China the biggest source of fake medicines, pharmaceutical experts said as the illicit trade is now believed to be worth around 75 billion USD globally, with criminal gangs increasingly using the web to move their products across borders.     CHINA OUT      AFP PHOTO

Pour le don d’organe ou les essais cliniques, la blockchain pourrait aussi devenir un système plus efficace et transparent. Dans le premier cas, la mise en relation entre donneurs, receveurs et centres hospitaliers serait facilitée, et chaque minute compte quand il s’agit de transplantation pour sauver une vie. Dans le second cas, la fiabilité des tests et l’objectivité des résultats pourraient être mieux suivies et auditées en cas de potentielles falsifications.

Avec le système des smart contracts possibles grâce au modèle blockchain, d’autres cas d’usage sont envisagés dans le secteur de la santé. Les smart contracts sont « des programmes qui tournent sur la blockchain et qui ont pour particularité de ne pas être modifiables a posteriori, par n’importe quelle partie que ce soit. Cela permet de faire des contrats de pair à pair sans passer par un tiers de confiance, et ça a des applications dans des domaines très vastes : dans la musique, dans l’IoT, dans les assurances…» explique Alexandre Stachtenko de Blockchain France. Ce modèle pourrait donc inspirer une simplification des modes de remboursements et des gains sur les temps de traitement et les coûts administratifs.

Le contrôle des accès au dossier médical partagé et la sécurisation de ses données pourraient aussi bénéficier de cette nouvelle technologie. Un processus particulièrement intéressant comme le détaille la médecin Cécile Monteil au JDN, « par exemple, en soumettant le DMP à un concept de multi-signatures. Le patient pourrait autoriser son médecin à accéder à son dossier pour une durée donnée grâce aux smart contracts, puis leurs deux signatures ouvriraient les données à un autre spécialiste ».

Les smarts contrats pour la logistique !

Puisqu’il s’agit de traçabilité, de confiance et aussi de transferts d’information infalsifiables, tous les secteurs d’activité sont concernés pour leurs flux de documents contractuels.
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Pour le fret à l’international, là encore la blockchain affiche un potentiel d’avenir. Le transitaire Marine Transport International (MTI) en est convaincu et à innover en testant la 1re solution publique de blockchain, TrustMe. Il l’utilise pour fournir des solutions d’expédition et de suivi administratif avec les informations règlementaires pour chaque conteneur chargé. L’ensemble des données est stocké sur la blockchain. Elles sont en permanence consultables par les autorités portuaires, les expéditeurs et les opérateurs de cargos. Le système évite ainsi la lourdeur administrative et les très nombreux documents auparavant stockés sur des systèmes d’information complexes.

Sources : Bloomberg, Le Monde, Digital for All Now, JDN, Global Trade Mag