Dans le cadre de Futur en Seine, Econocom présentait en juin dernier la classe de demain : pendant quatre jours, les festivaliers y découvraient comment les manuels numériques, tableaux interactifs et tablettes transforment la pédagogie. En France et partout dans le monde,  le numérique est au cœur de la réforme des systèmes éducatifs.

L’enjeu est partout le même : comment transmettre les savoirs grâce à ces nouveaux outils ? Comment mettre le numérique au service d’une pédagogie réinventée, pour répondre au mieux aux attentes des élèves et des enseignants ? Petit tour d’horizon de ce que le numérique change dans l’éducation et ce qu’il pourrait lui apporter.

La Classe Numérique à Futur en Seine 2012, le 17 juin 2012 au 104. Photo ©Benjamin Boccas

L’école face au numérique : un train de retard ?

Aujourd’hui, un élève qui passe  le bac a vu naître Wikipédia en 2001, Facebook en 2004, Youtube en 2005, Twitter en 2006, Instagram en 2010… ainsi que l’explosion des jeux vidéo, des ordinateurs portables, des smartphones ou encore des tablettes dans un monde hyper connecté.

Parce qu’elles ont profondément transformé les usages, l’apprentissage et la connaissance, ces technologies sont essentielles dans l’éducation : l’intelligence se décline aujourd’hui de manière collective, la culture de l’image est venue supplanter celle de l’écrit, le travail et les échanges se font désormais en réseau…

Penser que l’école peut rester un sanctuaire fermé sur ces innovations est utopique. Les élèves ont l’habitude de les utiliser au quotidien, et ne comprennent pas pourquoi leurs classes sont si différentes de leurs environnements personnels :

« Nos enfants ont des membres numériques. On ne peut pas les amputer à la porte d’entrée [de la classe] » s’enflamme Brendan Murphy, spécialiste de l’intégration des technologies à l’école

Nier cette nouvelle culture expose les élèves à un apprentissage personnel et souvent non encadré de ces outils, les laissant seuls face à des questions complexes : qu’est-ce que la vie privée en ligne ? Comment protéger mon identité ? Comment savoir ce que je peux et ne peux pas raconter ?

Refuser le numérique à l’école, c’est aussi prendre le risque de ne pas correctement préparer les employés de demain au monde qui les attend. La capacité à travailler en groupe, à trouver une information, à être créatif, à gérer son attention dans un déluge de données, sont autant de compétences clefs à acquérir. Les enseignants ne s’y trompent pas : 97% d’entre eux estiment que les outils numériques permettent d’améliorer la qualité pédagogique de leur enseignement, bien qu’ils ne soient que 21% à les utiliser au moins une fois par semaine.

Le numérique à l’école, pour quoi faire ?

Des exemples d’utilisation du numérique à l’école, la France n’en manque pas : des classes utilisant Twitter pour apprendre à lire et à écrire, à l’aide aux devoirs grâce à la téléassistance entre un enseignant et ses élèves sous la forme d’un chat interactif, en passant par l’apprentissage dans un monde virtuel pour faire intervenir des intervenants étrangers directement dans une salle de cours numérique ou encore par les jeux vidéo pour repenser l’apprentissage ludique :

« Le jeu est entré à l’école il y a très longtemps. Il a été utilisé pour mémoriser ou pour s’entraîner. Parfois pour simuler des situations. Mais, sur ce terrain, l’ordinateur offre des possibilités qui n’existaient pas avec les jeux traditionnels. Le jeu vidéo permet une vraie immersion dans des situations complexes avec un rendu qui permet aux sens de participer à l’exercice intellectuel » explique François Jarraud du Café Pédagogique.

A l’étranger, certains voient dans le numérique une opportunité pour laisser le calcul aux ordinateurs et permettre aux élèves de se concentrer sur la résolution de problèmes mathématiques plus stimulants, plus intéressants et plus concrets

La Classe Numérique à Futur en Seine 2012, le 17 juin 2012 au 104. Photo ©Benjamin Boccas

Pour d’autres, c’est une chance pour remettre les élèves au centre de la pédagogie : grâce à des formats hyper-enrichis, sur tablettes ou grâce à des e-books, ils peuvent par exemple à la fois écrire, regarder des vidéos, enregistrer leurs leçons, naviguer dans des photos interactives… en clair, devenir des acteurs actifs de leur éducation.

Car ce que le numérique à l’école propose avant tout : redonner goût à l’apprentissage, personnaliser l’enseignement, pour s’adapter au niveau et au rythme de chaque élève, pour limiter au maximum l’échec scolaire. Au programme : plus de collaboration entre les élèves, plus d’échanges, plus d’interactions, plus de participation et un nouveau rapport entre l’enseignant et l’élève.

Ainsi que de nouvelles questions : par exemple, comment évaluer les élèves s’ils ont accès à Internet pendant leurs examens ? Pour Gavin Dykes, spécialiste des réformes des systèmes éducatifs, en posant cette « simple question, on commence à comprendre les clefs de l’enseignement du 21ème siècle ».

Le numérique offre donc une formidable opportunité de repenser l’éducation. En tant qu’outil au service d’une nouvelle pédagogie plus riche et de nouveaux apprentissages, comme l’explique Tanya Byron, psychologue :

« La technologie en elle-même n’est pas transformative. C’est l’école, la pédagogie, qui est transformée par le numérique. »

Même écho du côté de John Palfrey dans son livre, Born Digital: Understanding the First Generation of Digital Native :

« La télévision n’a pas transformé l’éducation. Le numérique ne le fera pas plus. Mais c’est un outil différent qui permet d’aider les enseignants dans leurs efforts pour toucher leurs élèves en classe. C’est également une autre manière d’apprendre en dehors de l’école pour les étudiants » explique l’auteur américain et ancien directeur du centre Berkman à Harvard.

Cette idée d’ouvrir les murs de l’école, pour apprendre partout et tout le temps, c’est celle derrière le projet EdX : un programme de cours en ligne, lancé par le MIT et l’Université d’Harvard pour proposer des formations d’excellence dans des domaines variés, aux étudiants du monde entier. Un exemple de plus des possibilités du numérique pour réinventer l’éducation du 21ème siècle.